mercredi 26 février 2014

L'immensité océanique de l'ennui


« Je m’ennuie ! », Qu’est-ce que tu appelles l’ennui ? Qu’est-ce qui t’amène à souvent t’oublier toi-même dans le mouvement des pensées, des activités, des divertissements, des relations, des drogues pour éviter cette peur envahissante que tu appelles l’ennuie et qui pourrait te faire découvrir que l’agitation que tu produis est une illusion cachant le véritable mouvement de la vie.
As-tu une crainte immense que ce silence amène la mort, ta propre disparition, ce sentiment angoissant que tu vas dépérir si tu laisses entrer le calme et le silence dans ton expérience. Ayant confiance en tes propres impressions, tu choisis de fuir dans un mouvement, dans une répétition de ce que tu connais déjà afin d’éviter cette peur du vide inconnu. Cette fuite pourtant est mortifère.

As-tu déjà observé ce vide en face sans le fuir ? As-tu déjà laissé l’ennui envahir toute ton expérience dans sa totalité sans conditions ? Quand ton corps a soif, tu cours vers de l’eau pour l’abreuver. Quand ton corps a faim, tu cours vers de la nourriture pour le nourrir. Quand tu veux une gratification tu cours vers la sexualité. Sais-tu vraiment ce qu’est le désir, la soif, la faim, le plaisir ? As-tu observé ces expressions en toi ? As-tu observé comment le désir t’approche avant de te mettre à courir dans une direction ou une autre, fuyant par la répression ou la satisfaction ce qu’il te semble être des besoins naturels ?
Quand tu as une impression dans ton corps ou une émotion vive qui t’envahit, arrives-tu à avoir une attention complète dans l’instant, sur l’expérience qui se propose à toi ? Ne te vois-tu pas cacher cette expérience avec une forme de répétition qui aveugle le véritable message, le véritable besoin ? Les faux manques cachent ce qui te manque véritablement, ce manque que tu cherches en permanence aux faux endroits.
Tu lèves les poings, la colère s’exprime, « C’est parce que j’ai faim », « C’est parce que j’ai soif », « C’est parce que je m’ennuie », tu as créé un problème qu’il faut maintenant résoudre et tu justifies tous tes comportements en accord avec ce que tu penses avoir besoin. Tu accuses du doigt le problème que tu as oublié avoir créé.
Devoir résoudre un problème, commence par le besoin d’avoir un conflit. Ce problème ou conflit que tu as à résoudre te semble venir de l’extérieur, d’une cause biologique, d’une cause naturelle, culturelle, d’une cause dont tu n’as aucun contrôle. Mais une habitude ou un conditionnement qui te fait voir ton monde d’une certaine façon n’est pas une vérité absolue contre laquelle tu ne peux rien.
Le désir de changer une habitude, de te libérer d’un problème ou d’un conflit, donne davantage d’énergie à ce nœud, et par là, les conflits émergent et se répètent de chaque côté. Essayer de le défaire te met dans une situation ou il y a quelque chose à défaire, alors le conflit émerge de nouveau jusqu’à que tu comprennes qu’il n’y a rien à défaire, à changer ou à réparer. Seulement accepter et libérer l’illusion.
C’est vrai que tu n’as aucun contrôle sur les formes extérieures, biologiques, physiques et si tu peux expérimenter une certaine forme de contrôle et de manipulation sur les formes, ce que tu appelles « les causes » sont souvent « des effets », et avoir le contrôle sur les effets n’est que de la magie noire de bas étages. Tu crois être un « petit moi » vivant dans un monde de conflits qui n’a aucun autre choix que la lutte. Est-ce vrai ?
Tous les comportements et toutes les réactions qui émergent face à un conflit entretiennent l’apparition de nouveaux conflits et crée le besoin de les résoudre.
Tu crées à la fois le problème et les moyens de le résoudre. Quand l’on sort de ce mouvement circulaire problème/solution qui donne l’impression d’être vivant au mental, celui-ci voit apparaître ce qui le terrifie le plus, l’ennuie. Toutefois, quand la dualité des problèmes et des solutions ne t’intéressera plus, tu auras un choix sur ta façon d’observer l’ennuie pour créer du neuf, libre des différentes formes de ce monde et du mécanisme du conflit.
L’ennuie, son mot, ses définitions et les émotions qui y sont attachées, est une façade, une illusion. La croyance qui accompagne le mot « ennuie » à autant de réalité que celle qui tourne autour de la « mort ». Aucune. C’est toi qui définis et expérimentes ces concepts et ces expériences dans le rêve. C’est la peur de ces concepts et de ces expériences qui les entretiennent dans ta réalité telle qu’elles t’apparaissent chaque jour. Aucune compréhension nouvelle sur ce qu’est véritablement l’ennuie ou la mort n’est possible s’il n’y a pas véritablement un désir de faire face et comprendre. Tant qu’il y aura fuite de la vérité, ces expériences t’apparaîtront comme des fatalités incompréhensibles venant d’un extérieur injuste et violent.
Le mental ne peut comprendre ces concepts, il est un outil limité qui s’est accaparé du pouvoir et a d’énormes conditions sur toutes les expériences, il utilisera le connu, le contenu de sa mémoire, « ce qu’on lui a dis sur », « ce qu’il a lu sur » et même s’il remixe les idées traditionnelles et les idées nouvelles pour avoir sa propre opinion, le mental ne peut rien faire que répéter ce qu’il connaît et être soumis à sa propre autorité. Il ne remet pas en question son propre fonctionnement, il ne peut le remettre en question sans lutter.
Le mental face à la mort et l’ennuie est comme bloqué, il ne peut avancer, la seule chose qu’il peut faire, c’est fuir, éviter, détourner, justifier, complexifier, séparer en plusieurs petites parties afin d’analyser, mesurer et comparer. Il émet des jugements, des doutes, des craintes ou des certitudes, il reste enfermé dans son propre fonctionnement matériel, dans sa bulle et cela le terrifie. Il ne peut aborder et ne sait comment aborder l’ennuie et la mort. Il appelle à l’aide, crée un problème, et il répond lui-même, en donnant la solution. Il peut ainsi dormir de nouveau.
Qu’est-ce que l’ennuie, l’impression que rien ne se passe d’important, que si l’on reste sur ce chemin l’on va décroître et dépérir pour finalement disparaître. Alors il faut de l’agitation, vite, de l’action, des opinions, des mots. Le mental perçoit sa propre disparition le temps d’une fraction de seconde alors il cherche une nourriture pour vite, s’alimenter. Il cherche du mental pour se nourrir et se maintenir en vie. Il pense qu’il va mourir, alors il lutte pour sa survie dans son propre monde, un monde de matière, la matrice de son rêve en trois dimensions.
Sauf que le mental n’a pas la moindre idée de ce qu’est le mental, la vie et la mort. Même s’il est accroché à la matière en pensant que là au moins il peut contrôler et diriger, il n’a aucune idée de ce qu’elle est. Il n’a aucune idée de ce que le mental est vraiment, ses idées concernent les idées qu’il a créé lui-même, qu’il a accumulé et tourne en boucle. Il n’accepte de l’extérieur que ce qui confirme ce qu’il pense être et refuse tout ce qui remettrait en question son existence et donnerait tort à son monde.
Le mental qui perçoit la vérité, ne peut s’en accaparer, alors, il apprend à devenir subtil, rusé. Il veut qu’il soit lui-même le porteur de la vérité. Il pense alors avoir raison et il utilise le corps pour se défendre ou attaquer. Dans différentes combinaisons subtiles, l’ego trouve des labyrinthes dans lesquels il peut se perdre lui-même et s’endormir profondément dans un assemblage de rêves sandwichs qui lui assure une inconscience parfaite. Celle où il rêve d’être le maître de son monde et d’en avoir le contrôle absolu. Il peut créer du temps linéaire à l’infini pour faire durer cette croyance.
La vie devient une école et essaye de le réveiller en lui enseignant à voir ses illusions par la souffrance et la mort qui deviennent des messages pour ramener l’inconscience à la conscience. En expérimentant le désespoir et la misère du monde extérieur s’effondrer, peut-être commencera-t-il à observer autrement et se réveiller. Le monde du mental s’effondre, il n’y a plus que ténèbres. « À l’aide ! Mon Dieu aide-moi ! J’étais le roi et porteur de vérité dans mon monde, mais tout s’effondre, que se passe-t-il ? Pourquoi m’abandonnes-tu ? Pourquoi ai-je perdu ton amour ? Moi ton enfant qui était le plus grand des rois ! Pourquoi moi ? » Où trouvera-t-il la lumière qu’il croit avoir perdue ?
Ce mental souffre énormément quand la vérité qui se trouve cachée dans sa perception de l’ennui s’approche de lui. L’ennui est une question de vie ou de mort pour lui, et il doit lutter contre l’approche de ce danger qui pourrait révéler à lui-même un échantillon de son monde illusoire.
Il ne peut l’accepter et il luttera de tous les moyens possibles pour que l’ennui ne s’approche pas de lui et de son monde.
Cette lutte est simple pour le mental, il suffit d’endormir toute sensibilité et attention sur la réalité et sauter dans le bruit de son monde en ritualisant toutes ses croyances. Il en a tellement l’habitude qu’il s’est éduquée lui-même à avoir des réflexes addictifs pour éviter toute possibilité d’ennui, et par là même le risque qu’il puisse se retrouver avec lui-même l’espace d’un moment présent. Il s’assure de bloquer toutes les issues à la vérité. Rassuré, il peut dormir tranquillement et rêver dans son rêve.
Le présent est l’ennemi et il faut l’éviter et le détruire par tous les moyens. Le monde est rempli de ces moyens, des réponses et définitions à poser sur la vérité, des méthodes pour se libérer des problèmes créés, des chemins pour chercher et trouver la vérité. Tout cela est en fait constitué pour un seul but, maintenir en place une boucle de temps passé-futur et éviter le moment présent.
Le mental est accoutumé comme une drogue à son monde et il en perd toutes ses véritables capacités créatrices, il ne crée plus que mécaniquement par défaut et le neuf n’émerge que très rarement. Il est un robot esclave de lui-même qui a perdu toute capacité à se réveiller à sa propre nature, à sa véritable identité qui est cette puissance, cette joie et cette beauté qu’il cherche partout ailleurs. Parce que le mental ne cache qu’une seule chose, l’amour. L’amour est la source de toutes les choses qui émergent en ce monde.
Le mental est un enfant livré à lui-même dans le monde bac à sable qu’il a créé. Il s’amuse, se prend au sérieux ou se moque de son monde mais jamais n’accepte la vérité. La repousse et ainsi maintien en place son illusion.
C’est un monde mental pour le mental, roi de son monde, il n’a aucun désir d’en sortir. « Pourquoi sortir d’un monde où je me crois Dieu ? » Pourtant dans sa recherche de vérité le mental ne fait que la cacher. Le mental en se prenant pour Dieu cache Dieu dans un nuage de fumée qui n’aveugle que lui.
L’ennui amène dans ton expérience un message d’une grande beauté, l’ennui te propose de chercher autrement qu’avec ton mental les réponses que tu poses sur ton identité, la vie et la mort.
Pour aborder l’ennuie d’une manière fraîche et nouvelle, le mental ne peut pas maintenir à chercher le moindre contrôle sur cette recherche, il ne peut rester sur le trône du roi qui pose ses conditions sur ce qui va être trouvé. Le mental a le choix entre se mentir à lui-même de nouveau en racontant l’histoire d’une recherche, d’une vie spirituelle riche et prospère et de nombreuses découvertes intéressantes qui ne sont en réalité qu’une nouvelle fuite de la vérité pour éviter que l’ennui approche de la conscience. Si le mental accepte sa place, retourne à sa place d’outil et de sens au même niveau que le toucher, l’odorat, le goût, alors il lâchera son désir de contrôle sur la vérité et acceptera ses propres limitations en comprenant qu’il ne peut pas comprendre ni savoir ce qui lui arrive, pourquoi et comment il est arrivé là.
Ce n’est alors plus le mental qui regarde, ce n’est plus l’ego avec son intellect ni ses émotions mais pure conscience, attention et vigilance. Qui tu es vraiment pourras alors se relier véritablement avec ton ego, ton mental et tes autres sens pour t’exprimer pleinement dans ta création comme un seul être d’amour complet et unique. Comme un ange de lumière dansant autour de l’arbre de la connaissance.
Les mots « ennui », « vie », « mort », « moment présent », « conscience », « ego » passent à la trappe face à ce qui est, face à ta véritable identité. Cette observation claire, lucide et intense sur la réalité. Dieu qui se regarde lui-même à travers les yeux d’un être humain.
Est-ce véritablement de l’ennui quand on observe et expérimente ce simple moment ?
Ce qu’il arrive alors, c’est la reprise de contrôle du mental qui balais la découverte d’un revers de la main avec un « Ouah c’est beau, j’ai compris, je suis dieu, je suis vérité, tout est un » ou « Mouais, c’est bien beau tout ça mais j’ai des trucs importants à faire moi » et il va allumer le bruit du monde, se divertir et chercher à manger pour se nourrir avec davantage de mental intellectuel ou émotionnel pour vite se rendormir.
Sauf qu’il est trop tard pour lui, il a déjà été transformé et a commencé le voyage de retour chez lui.
Même si le mental aime jouer avec des concepts et des idées qui maintiennent la séparation entre son histoire et l’histoire de l’autre, entre cette chose importante que je vais adopter et cette chose insignifiante que je vais ignorer. Qu’il se nourrit surtout du corps physique, de matière émotionnelle, de peur et de plaisir qui ont chacun un besoin énorme de peur et de plaisir pour maintenir en place un monde de dualité bien et mal. Il a entamé un chemin d’éveil de conscience, de nouvelle étape dans l’évolution humaine, une ascension spirituelle, le chemin est long dans le contexte du rêve ou il y a cette impression qu’un grand nombre d’égos individuels doivent s’attendent les uns les autres, mais le chemin se fait en relation individuelle à soi et à tous simultanément dans un éveil progressif et immédiat d’un égo collectif. Le premier pas est le dernier pas.
Dans ce monde les moyens sont partout pour s’endormir, alimenter les émotions ou comprimer les multiples désirs, courir après, fuir ou s’endormir avec des objets et des formes diverses qui sont toujours une forme d’attaque contre la santé psychique et la santé physique. Que nous ayons un talent pour nous autodétruire de manière grossière et violente en l’appelant l’illégal, le mal et la bêtise, et nous autodétruire subtilement avec ce que l’on appel le légal, l’ordre, le raisonnable et le respectable. Même si nous avons l’impression de rester enfermé dans des cycles de souffrance et de mort. La vie reste toujours une enseignante au près de ses enfants en délivrant ses messages de multiples formes et couleurs de manière à toucher la diversité des êtres et histoires personnelles.
Mais en vérité, les égos humains sont des âmes immatures perdues et apeurées qui aspirent toutes à se libérer des conditions pour qu’elles puissent grandir dans la lumière de l’amour et de la vérité. Les multiples formes de violences, colères, peurs, cauchemars, misères n’est que le résultat d’une inconscience profonde qui voit la réalité d’un manque et ont la certitude d’avoir été abandonné par la vie, par dieu, par sa source. Le désir de destruction et de séparation n’est qu’un appel à être accepté tel que l’on est, aimé pour ce que l’on est sans aucune condition, sans aucun contrôle sur les expériences. L’âme enfant demande simplement de l’amour véritable, pas des changements de formes et de conditions dans un rêve pour y resté endormi éternellement.
L’expérience qu’elles aspirent toutes consciemment ou inconsciemment, c’est l’amour. Et les âmes courent dans tous les sens pour trouver l’amour, la vérité, toucher ce qui les ferait grandir et trouver le sens de leur existence, leur véritable identité.
Ce qu’elles ne savent pas c’est que cet amour inconditionnel ne se trouve nulle part là où elles cherchent et où elles attendent mais simplement là, juste là à l’intérieur de leurs yeux, dans leur coeur. Dans l’immensité océanique de l’ennui.
Source : http://ascension-spirituelle.fr

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